Dès le départ, j’ai voulu porter un regard tendre sur ce petit morceau d’Humanité que j’observe et que je photographie dans des villes comme Bruxelles, Luxembourg ou Paris. Observer le temps qui passe, l’amitié, l’amour ou la solitude.
Et puis, au fil du temps, il m'a semblé qu’une tendance se dégageait, que mes photos montraient un point commun : le désir d’intimité dans l’espace public.
On le sait, c’est bien connu. En ville, au cœur de la foule, non seulement nous sommes anonymes et peu visibles, mais surtout nous cherchons à nous isoler pour renforcer ce double état.
En ville, au contraire d’un petit village, la plupart du temps et sauf si nous avons un objectif précis, nous ne cherchons pas le regard des gens que nous croisons, nous ne leur adressons pas la parole. Sauf curiosité un peu déplacée, nous n'écoutons pas leurs conversations, non plus. Nous les voyons sans réellement les observer. Nous respectons le plus souvent la bulle d’intimité qu’ils se sont créée, seuls ou en petit groupe.
Et nous attendons la même chose des autres parce que, nous aussi, nous créons cette bulle. Et nous la créons d’autant plus que la technologie nous y aide. Les yeux rivés sur notre smartphone en marchant, les écouteurs à réduction de bruit dans les oreilles, nous nous isolons. Et cet isolement nous conduit parfois à ne plus prêter attention du tout aux autres, jusqu’à l’impolitesse et l’incivisme. S'ils crient, s'ils sont trop proches de nous, par exemple, ils entrent dans notre bulle sans y avoir été invités. C'est une violation de notre intimité que nous prenons différemment selon les cas.
Mais ces bulles sont passionnantes à observer. Deux amoureux, des amis qui jouent aux échecs, une sieste sur un banc, ou un SDF parmi des passants indifférents… Elles varient selon les endroits, les cultures ou les moments.
Même si j’ai regretté une grande partie de ma vie de ne pas m’être formé au journalisme ou à la sociologie, de ne pas y avoir fait carrière surtout, mes photos restent ma vision d’une réalité que j’observe. Elles ne documentent pas, elles sont subjectives. J’y mets mon regard et j’espère qu’elles partagent une émotion. Parfois de l’amusement. Ou de la tendresse, de la tristesse, de la colère.
Le choix du noir et blanc me permet de renforcer cette subjectivité, de mettre de la distance par rapport à la réalité, de ne pas documenter froidement et de me concentrer sur l’essentiel. C’est une manière de dépouiller la scène de ses distractions pour en révéler ce qui me semble essentiel.